L'anthropomorphisme

 

L'anthropomorphisme : qu’est-ce que c’est ?

 

L’anthropomorphisme consiste à attribuer à un animal ou à un objet des réactions et des sentiments humains.

 

C’est une erreur relativement courante chez les propriétaires de chiens qui confèrent alors à celui-ci des intentions qui ne sont en réalité que le reflet de leurs propres sentiments en oubliant que leur chien est... un chien, avec des réactions, des sentiments et la simplicité d'un chien.

 

L’anthropomorphisme n’est pas très grave lorsque l’on en est conscient et que cela n’impacte pas directement l’éducation et la socialisation du chien.

 

En revanche, c’est lorsque l’anthropomorphisme ne respecte pas le bon développement éducatif, physique, intellectuel et social du chien, lorsque ça n'entre pas dans ses schémas comportementaux, que cela devient réellement dommageable (comme par exemple le traiter comme un enfant humain, le déguiser, le punir pour des réactions propres à son espèce, lui enlever son identité de chien...etc). Bien souvent, c'est un frein à la communication et la compréhension entre la maître et le chien.

 

Un chien ne reconnaît pas les convenances de notre société. Les "beurk c’est sale", "ça ne se fait pas", "c’est malpoli"… il ne connaît pas !

 

Erreurs fréquentes et idées reçues dues à l'anthropomorphisme :

 

Mon chien se venge quand je m’absente.

 

Idée anthropomorphique très courante et complètement absurde ! Nombre de maîtres pensent à tort que leur chien échafaude des plans machiavéliques pour leur faire payer le fait de rester seul à la maison.

 

Les chiens n’ont pas l'esprit suffisamment tordu pour élaborer des stratégies de vengeance à l’encontre de leur maître. La vengeance est en réalité un vice propre à l’humain !!!

 

Les personnes qui assimilent les bêtises de leur chien à une vengeance, cachent bien souvent un manque de connaissance de la psychologie canine, une incompétence à comprendre leur chien et une bonne excuse pour leur manque d'efforts pour lui apporter une vie saine.

 

Le chien n’est pas rancunier ! Il réagit simplement face à des situations qu’il a déjà vécu ou qui lui ont laissé un souvenir amer. On ne parle ainsi pas de rancune mais d'un mal-être qu'il faudrait identifier. Le plus souvent, l'agressivité qu'il affiche n'est qu'une réaction de peur et d'autoprotection.

 

Il ne fait que réagir en chien a des situations bien précises : s'il fait pipi sur votre lit en votre absence il n'a pas conscience de mal faire, pour lui c'est juste un moyen de soulager un état de stress engendré par votre absence qu'il vit comme un abandon.

 

Apprenez à le comprendre et cherchez les causes réelles de son mal-être.

 

Il sait quand il fait une bêtise, il a l'air coupable.

 

Faux et archi-faux !!! Les chiens ne connaissent pas la culpabilité telle que nous la percevons : leurs actions ne dépendent que de leur instinct ou de ce qu'ils ont vécu et ils établissent rapidement une relation simplifiée de cause à effet entre leurs actions et les réactions du maître. Par exemple si vous avez puni votre chien parce qu'il a fait pipi pendant votre absence, il ne fait pas la relation entre le fait d'uriner et la punition (si ça remonte à plus de quelques minutes, il a même oublié qu'il a fait pipi), mais il fait la relation avec la petite flaque dans la cuisine, votre retour et le fait que vous soyez fâché. Il prendra l'air "coupable" même si c'est un congénère qui a fait la flaque parce que :

 

Flaque + retour du maître = il se fait gronder.

Et si la situation se reproduit plusieurs fois ça donne :

Retour du maître = il se fait gronder (qu'il y ait une flaque ou pas)

Donc il se terrera dans un coin, le regard fuyant, affichant des signaux d'apaisement et le maître va dire : "regardez mon chien est dans son coin les oreilles baissées, il sait qu’il a fait une bêtise"

 

D'autre part, souvent le maître prend une attitude énervée dès son retour parce qu'il s'attend à voir une bêtise faite par son chien. Le chien réagira alors à la posture menaçante du maître en affichant des postures de soumission ou des signaux d'apaisement, même s'il n'a rien fait de mal.

 

Essayez de penser comme un chien : pourquoi ronger le pied de table est-il plus grave que de ronger un morceau de bois dans le jardin ? Qu'est-ce qui fait la différence entre le bois du pied de table et le bois de la branche tombée lors de la dernière tempête ? Du point de vue d'un chien il n'y a aucune différence. Le chien n'a pas le notion de valeur de certains objets par rapport à d'autres ; n'a de valeur pour lui que ce qui constitue des ressources qui lui permettent de vivre et de se reproduire. Il n'y a que l'humain qui donne de la valeur à des choses, finalement complètement inutiles (allez reconnaissez-le... on survit très bien sans table basse !) !!! Le chien, lui, ne fait que suivre son instinct et son instinct lui dicte de ronger un objet dur, faire travailler ses mâchoires pour soulager un stress (tout comme certains enfants sucent leur pouce).

 

C'est au maître de comprendre pourquoi son chien est mal à l'aise et y remédier en se posant les bonnes questions.

 

Mon petit chien a peur de ses congénères

 

Vous avez sûrement déjà rencontré ce maître qui prend son petit chien dans les bras dès qu'il rencontre un grand ou moyen chien. Il se peut même que vous ayez cherché à rassurer le maître en lui disant que votre chien est inoffensif, mais même dans ce cas, le maître garde soigneusement son petit chien dans le bras, bien serré contre lui, vous répondant même parfois que, non il n'a pas peur de votre grand dadais à quatre pattes, mais que son chien à lui (qui fait 2 kg 8 tout mouillé) peut se montrer agressif envers les autres et qu'il craint qu'il ne fasse du mal au votre (qui, lui, fait 34 kg) !

 

Mais que se passe-t-il dans la réalité ?

 

Plusieurs cas de figure :

-Soit le petit chien a vraiment été mordu ou bousculé par un grand chien mal dans sa peau ou, peut-être que la maître à déjà été mordu par un grand chien, dans ces cas, on peut comprendre ses craintes (même si l'attitude du maître ne fait qu'aggraver le problème).

 

Mais...

 

Le plus souvent ça n'a rien à voir avec ça ; le plus souvent le maître ne reconnaît tout simplement pas que son petit chien est... un chien ! Le maître le voit comme une petite créature incapable de communiquer ou de s'entendre avec les autres chiens, voire même comme un bébé (humain !!!) et on est en plein dans l'anthropomorphisme.

 

Il faut savoir qu'un chien n'est pas vraiment conscient de sa taille, il est chien c'est tout. Il peut avoir peur de certains de ses congénères s'il a eu une mauvaise expérience avec l'un d'entre eux, mais dans l'ensemble tous les chiens savent communiquer et désamorcer une situation tendue.

 

Savez vous que partout sur la planète, les chiens communiquent de la même façon ? Que ce soit un lévrier irlandais, un teckel né en Allemagne, un chow-chow né en Chine, un podenco portugais... ils "parlent" tous le même langage canin et, en dehors de situations bien précises (ressources alimentaires ou reproduction), les chiens n'ont aucun intérêt à chercher la bagarre.

 

A vouloir “protéger” son petit chien de ses congénères, le maître en fait un chien dangereux car complètement désocialisé, incapable de communiquer avec les autres.

D'autre part, prendre un chien dans les bras, c'est lui indiquer qu'il y a un danger (la chienne déplace ses petits pour les éloigner). Pour le petit chien le raisonnement est simple :

 

"Si on me soulève dès qu'il y a un chien qui arrive, c'est que les chiens sont dangereux, je vais aboyer pour les éloigner et chercher à les mordre si je les rencontre."

 

Et voilà ! On a un petit chien dangereux !

 

Mon chien est un voleur

 

Avec cette petite phrase, on imagine le chien de la maison qui attrape un morceau de viande qui ne lui est pas destiné. En fourbe, le chien a d'ailleurs attendu que le morceau de viande ne soit plus surveillé par son maître pour s'en saisir.

 

Rhooo méchant chien !!!

 

Une fois de plus, il y a une méconnaissance du chien et de son instinct : en effet, dans le monde du chien, les considérations de propriété n'ont pas cours. Le chien est un opportuniste qui a senti l'odeur alléchante d'une nourriture potentielle, mais hors de portée, car sous la garde d'un prédateur plus grand et fort que lui. Quand le maître s'éloigne du morceau de viande, il "abandonne" la proie ; le chien n'a aucun moyen de savoir que cette absence est temporaire, que le maître conserve l'idée que même hors de vue, cette viande reste la sienne. A ce moment, le chien agit selon son "programme" de chien : il se saisit de la proie et l'emporte plus loin pour la déguster tranquillement. Le vol, la propriété, l'absence temporaire, toutes ces notions précises appartiennent seulement au monde de l'homme et n'ont pas d'existence possible dans le monde du chien.

 

Plus le chien aura connu la faim dans son passé, plus il va avoir du mal à résister à son instinct et plus il prendra des risques pour succomber à ce qui est finalement que l'instinct le plus primitif et essentiel à tout organisme vivant : se nourrir.

 

C'est au maître de ne pas le soumettre à cette tentation.

 

Il faut que mon chien ait au moins une fois des petits.

 

Ah bon ? Pourquoi ? En voilà encore une idée reçu bien anthropomorphique !

 

Cette notion n'a aucun fondement scientifique. Les chiens n'ont pas "besoin d'avoir des petits", se reproduire est uniquement un instinct naturel visant la sauvegarde de l’espèce. Un chien vit dans l’instant présent et un chien castré ne pense tout simplement pas à se reproduire, il n’a pas de sensation de "manque".

 

Les femelles qui sont stérilisées jeunes (surtout avant les premières chaleurs) n’ont pas de "manque" non plus, tout simplement parce que les animaux vivent dans l’instant et ne se projette pas dans le futur. Ce n’est qu’au moment des chaleurs que l'appel du mâle est présent chez les femelles faisant écho à un réflexe de survie de l’espèce et non pas à un "désir de maternité". Une fois qu'elle a mis ses petits au monde, la femelle s'en occupe par instinct et ne prend aucun plaisir à cette activité, elle le fait parce qu'elle doit le faire, c'est tout.

 

La stérilisation pose parfois un autre problème à certains propriétaires : En effet, ils sont nombreux à refuser la stérilisation de leur animal surtout si celui-ci est un mâle car ils ne veulent pas le "mutiler", ils s'imaginent que l'animal va souffrir du manque de certaines parties de son anatomie... Idée bien absurde puisque l'animal n'a même pas conscience que ces parties existent !

 

Le chien bâille, c'est qu'il est fatigué ou il s’ennuie.

 

En le voyant bâiller, certains maîtres pensent que leur chien est fatigué, certains vont aller jusqu'à le taquiner en s'imaginant qu'il s'ennuie.

 

S'il arrive que le bâillement d'un chien indique qu'il se détend et qu'il est prêt à s'endormir, c'est loin d'être la raison principale.

 

Le bâillement chez le chien est un signe de communication, d'apaisement et de pacification. Il tenterait ainsi de faire retomber la pression devant une source de stress, son stress à lui ainsi que celui du congénère inquiétant (ou du maître énervé) .

 

Il apparaît alors que le bâillement soit pour lui la pacification d'une situation, un moyen d'éviter le conflit, envoyant de ce fait un signal corporel d'apaisement.

 

Alors ne croyez plus qu’il se moque de vous quand vous le réprimandez et qu’il baille, c’est juste de la soumission, un anti-stress et un message indiquant qu'il ne souhaite pas de conflit.

 

En conclusion

 

Bien des maîtres aimants commettent des erreurs dues à l'anthropomorphisme. Généralement ces erreurs sont inoffensives et n'ont pas de conséquences graves sur la relation qu'il ont avec leur chien, mais à force de lui prêter des pensées humaines, ils risquent de finir par ne plus voir leur chien tel qu'il est vraiment.

 

Du ressentiment s'installe car le maître ne comprend pas l'ingratitude, la méchanceté du chien à son égard ou encore son machiavélisme grandissant.

 

Laissons nos chiens être des chiens, avoir des instincts de chien, des émotions liées à leur espèce. Nous vivons au côté d’une autre espèce, le mieux que l’on ait à faire c’est de l’observer et d’essayer de la comprendre plutôt que de lui prêter nos sentiments, nos façons de voir et de réagir. Surtout que l’humain ne s’illustre pas par son innocence !!!